Turkmenbashi ne me fait plus rire

22 octobre

je regrette deja tout ou presque de ce que je m apprete a deverser sur le Turkmenistan et les 5 jours ou ses sympathiques et neanmoins delirantes autorites m en ont ouvert les portes.  puissent me pardonner ceux en qui toute l ame nomade, altiere et fantasque du peuple turkmene vit et bat, ceux que les liens du coeur ou du souvenir rattachent a cette terre-la egalement.
parce que pour ma part...
Tout avait tres mal commence... dans le vol depuis Istanbul l equpage turc regardait ahuri d aimables jeunes turkmenes boire et boire et boire et bouffer des graines et faire tourner des revues porno, et s adresser aux stewards en depit de tout code de politesse... je peux supporter bien des choses, mais pas qu on manque de deference envers un Turc.
Bref, un prologue aerien peu engageant.
Une arrivee au milieu de la nuit glaciale. Un aeroport qui fuit de partout. Et le grand jeu commence. Pour les 150 etrangers que nous sommes, un guichet ouvert ! deux heures d attente au milieu d une foule d hommes dont s echappent quelques vapeurs d alcool. Tous les quart d heure un post-ado semi-acneique en uniforme trop grand se toque de remettre un peu d ordonnance a notre amas, et nous met en file a grand coup de gueule et d epaules. 
Visa sur le passeport il faut maintenant passer le poste-frontiere, ou l on fait mine de me poser des questions sur l association qui m invite au Turkmenistan (oui... sur ma demande de visa j avais mis Education Nationale et Ligue contre le cancer...), un mot de russe et trois syllabes en turc, le gars doit etre encore plus las que moi et tamponne...
Puis, contre toute attente, je retrouve mon velo, une bonne heure pour le remonter, et la douane, une heure d attente pour que finalement on decide de me laisser passer sans rien ouvrir rien controler rien demander rien rien rien !
Il est donc 5 h 30 quand je sors de l aeroport, lumiere splendide sur les montagnes au pied desquelles s allonge la ville la plus absurde a l Est de Las Vegas, Ashgabad, la ville de l Amour rien que ca ! 
Le long des 5 km qui conduisent jusqu a la ville, une armee de balayeuses, foulards pour se proteger de la poussiere qu elles soulevent consciencieusement, puis qui retombe, puis... ce n est que le debut. Ce ministere du balai a la con doit etre un des plus gros employeurs du pays, peut-etre a egalite avec la police (enfin... LES polices), il y a des balais pour les rails, et en quittant Turkmenabad, j ai meme vu des balais pour les champs ! Et toujours des femmes au balai.
Rouler dans une ville aberrante sur un velo lui-meme pas tres clair apres une nuit blanche, c est une chose a remettre en question les certitudes les mieux arrimees, c est en tout cas une experience-limite en matiere d exploration du Grand N Importe Quoi Universel.
La ville comporte essentiellement 2 couches, apres qu un tremblement de terre il y a 60 ans a nettoye toute trace du peu qui devait exister auparavant. Premiere couche : une ville sovietique dans une republique peripherique, donc des barres des barres des barres, un plan en damier, des emprises industrielles en plein coeur du tissu urbain, et decrepites c est plus esthetique, merci. On aurait pu en rester la, mais la seconde couche est plus singuliere : depuis l independance et le debut du regne du Satrape Saparmurat Nyazov otherly known as Turkmenbashi tout l argent du gaz turkmene surabondant se convertit en constructions monumentales.
Par amitie pour ceux qui les ont baties, et parce que les sarcasmes ne servent pas a grand chose en l espece, le malaise ne vient pas d aucune en particulier, aucune n est plus laide ou plus grotesque que bien des choses que l on pourrait trouver en France. C est de l accumulation que naissent la stupefaction, puis l ecoeurement, puis la colere de voir tant d argent et d effort dilapides, dans un pays ou les possibilites de mieux l employer ne manquent pas.
Ceux qui ont les nerfs bien accroches trouveront sans mal a lire sur ce despote grotesque (et sanguinaire... c est le probleme des dictateurs ridicules, le comique pathetique en vient a occulter le sordide de leurs exactions), pour ma part je m en tiens a ce que j ai vu. J ai vu d immenses avenues sans nom, ou dont le nom a change 4 fois, ou a ete remplace par un numero, si bien que personne n est capable de me donner une direction, j ai vu des portraits de Niazov et de son successeur (il est mort, hein, on est d accord, pas successeur apres une election, faut pas deconner) jusqu a n en plus pouvoir, dans tous les formats, jusque dans un grand stade ou une dizaine d affiches immenses etaient deployees le montrant excellant dans toutes les disciplines. Je ne savais plus ce qui l emportait de l envie de rire ou de celle de pleurer, d autant que c est un jeune turkmene qui m avait traine la pour me montrer les beautes de sa ville et qui en semblait fier. plutot l envie de pleurer a bien y repenser.
j ai vu des policiers litteralement tous les 100 m de chaque artere, des casernes et des troupes partout, des citations deployees en bannieres, un pays ou tout s effrite et se deglingue, ou tout fume et crachote, a part ces dizaines de grues qui elevent des palais de marbre, j ai vu mille fois ecrit Altyn Asyr L Age d Or !!  J ai vu toutes les femmes ou presque habillees des memes robes pseudo-traditionnelles, tres belles au demeurant, mais je ne suis pas bien certain que le choix leur en soit laisse, j ai vu une ville s arreter de vivre parce que le Prez venait en visite (... euh... comme en France...), j ai vu une ville d un million d habitants avec en tout et pour tout un cyber cafe, de 8 postes, ou l on vous demande votre piece d identite. J ai vu un pays ou des trains splendides mettent 15 heures a faire 600 km et ne s arretent a aucune station intermediaire. J ai vu un pays vide, des villes trop grandes, sans commerce, sans rien.
En fait, exactement, je n ai rien vu sinon un decor.
j ai vu quelques Russes qui vivent encore la et ont l air aussi perdus que tristes.

j ai vu des gens attaquer la journee a la vodka et s etonner que je decline la proposition.
j ai vu un pays ou meme les prix sont incomprehensibles puisque en pleine reforme monetaire, on divise tout par 5000 mais on continue a donner le prix en anciens Manats, mais en otant trois zeros, un pays donc ou on te dit 15 ce qui si signifie 3, comprenne qui pourra, sans meme compter la possibilite non nulle de se faire escroquer.

J ai rencontre un couple de Francais qui m ont aide a retrouver mes sens le premier jour, qui vivent ici depuis 4 ans et qui ont toute ma gratitude ainsi que mon admiration, un jeune pere de famille contacte par Couch Surfing un peu desempare parce que je suppose qu heberger des etrangers ne doit pas etre du gout du gouvernement, j ai rencontre deux jeunes gars un peu bravaches dans le train qui se vantaient de parler 20 langues dont l italien et l albanais et n etaient pas meme capables de faire une phrase en anglais, deux gars dont je n ai trop su me depetrer pendant 2 jours, dont je n ai pas compris quel pouvait etre l interet a m escorter, dont le telephone debordait de videos pornos, qui voulaient devenir policiers apres des etudes au kirghizstan, qui m ont fait visiter un disneyland sovietique en ruine et un monument aux morts de la grande guerre partiotique 1941-1945, et qui prenaient pretexte de ce merveilleux devouement pour exiger que dans 2 ans et demi (ni plus ni moins, on est precis ou on l est pas) je les accueille en France pour leur stage (stage de quoi ? d albanais peut-etre, allez comprendre ?)

bref 5 jours a ne rien comprendre, rien apprecier, a ne sentir en soi que le pire : agacement, hostilite, degout, rage, abattement, consternation, jusqu a du mepris dans les dernieres extremites.

seuls moments qui sauvent ce sejour du desastre parfait, une heure passee dans le bazar de Turkmnenabat (au fait Turkmenabat c est une nouvelle appellation pour la 2eme ville du pays, un peu comme si on renommait Lyon Francais-Ville), et l invitation inopinee le dernier soir a partager un repas. Alors s ouvre la porte sur la jardin et la cour interieurs, repas servi sur une sorte d estrade ou l on s allonge dechausses pendant que la femme de la maison fait defiler plats, coupes de fruits, confitures, pain, galettes, the. Enfin un moment heureux, loin de la rue, des avenues mortes, des slogans en turkmene et des effigies du Pere Ubu adipeux.

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Commentaires : 6
  • #1

    JB Jullien (mardi, 27 octobre 2009 10:01)

    Un air de Corée du Nord dans ce dernier post.
    Ils font quoi les Français dans ce pays depuis 4 ans ?

  • #2

    Francis Parinaud (vendredi, 30 octobre 2009 18:05)

    Vivement qu on accueille tes stagiaires...

  • #3

    chris et jp (lundi, 02 novembre 2009 20:08)

    On ne sait ce qui est le + émouvant, des textes ou des photos. Pensons souvent à toi. Prends bien soin de toi. Une petite marmotte attend ton retour.
    Bises de nous 2

  • #4

    les Vantard de Dole (mardi, 03 novembre 2009 14:44)

    T'es où Tintin, en Syldavie ? Dans une prochaine aventure tu retrouveras vite Tchang !
    Surtout ne t'éloigne pas de ton vélo et reste fort devant l'adversité ....

  • #5

    julien (mercredi, 04 novembre 2009 23:05)

    yy

  • #6

    M-H (mercredi, 04 novembre 2009 23:21)

    Que peut-on bien faire à Gulistan à 20 heures ????? .

    Comble de malchance, toutes les photographies de GOOGLE ont
    une légende en russe. Bon courage. M-H